L’histoire de Joni Eareckson Tada a fait le tour des Etats-Unis. Le 30 juillet 1967, alors qu’elle n’est encore qu’une adolescente, la jeune femme fait un accident de plongée qui la rendra tétraplégique. Désormais paralysée, Joni doit vivre avec ce nouvel handicap, une épreuve bien difficile qu’elle affronte grâce à sa foi en Christ ! Après une longue rééducation, elle ressent le besoin d’aider ses semblables et crée le centre Joni and Friends qui défend les intérêts des personnes handicapées, apporte l’évangile dans les centres de rééducation et soutient les personnes invalides et leurs familles. Animatrice radio, conférencière et auteure à succès, beaucoup voient en elle une femme courageuse, une héroïne au quotidien qui se bat pour venir en aide aux personnes handicapées. Ils ne soupçonnent pas ses luttes quotidiennes, physiques d’abord, pour accomplir les actes les plus simples de la vie ordinaire comme se baigner ou prendre ses repas, mais aussi spirituelles, pour garder la foi en un Dieu qui ne semble pas vouloir la guérir. Fervente chrétienne, les 52 années d’handicap vécues par Joni ont complètement changé sa vision de la foi et de la guérison divine, comme peuvent en témoigner ses entretiens pour le Christian Today  et le livre « Divine healing today » de Richard Mayhue dont nous vous repartageons quelques extraits. Et si la volonté de Dieu était qu’elle ne soit pas guérie ?

Depuis que vous êtes handicapée, vous avez échangé avec des personnes qui associent la souffrance au péché ou qui enseignent que le fait d’avoir la foi conduit nécessairement à une guérison miraculeuse. Que pensez-vous de cela ?

Juste après mon accident, la seule chose que je voulais, c’était sortir de mon fauteuil roulant. Je voulais marcher à nouveau, je voulais avoir des mains qui fonctionnent. J’ai donc suivi chaque ordonnance biblique : j’ai été ointe d’huile, je suis allée voir les anciens, j’ai confessé mes péchés. J’appelais mes amis au téléphone en leur disant : « Hé, la prochaine fois que tu me verras, je serai debout ! Fais-moi confiance et crois en mois ! ». Je me souviens être allée voir Kathryn Kuhlman. L’endroit était plein à craquer. Il y avait plusieurs milliers de personnes et j’étais assise dans la section des fauteuils roulants. Je la regardais prêcher. Des personnes partageaient leur témoignage. Puis les projecteurs se sont tournés vers le coin de la salle où se déroulaient les guérisons et mon cœur s’est mis à battre. Les projecteurs ont ensuite changé d’angle et je devenais de plus en plus excitée, pensant que la fois suivante serait pour les fauteuils roulants. Mais ce n’est jamais arrivé. En fait, des personnes sont venues escorter ceux d’entre nous en fauteuil afin de ne pas créer d’embouteillage. Je me souviens être assise dans cette file de gens qui attendaient devant l’ascenseur et que nous étions tous silencieux. J’ai parcouru cette ligne et je me suis dit qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas dans cette image. Pourquoi les personnes qui avaient le plus besoin de guérison étaient celles sur qui les projecteurs ne s’étaient pas posés ? J’ai réalisé que je me trompais : le message de la Bible sur la guérison devait certainement être tout autre.

Comment votre vision de la guérison a-t-elle changé ?

Une des premières choses que j’ai lues sur la guérison qui m’a vraiment aidé est le premier chapitre de Marc. Jésus passe la journée à guérir la foule, puis la nuit tombe et tout le monde s’en va. La foule revient tôt le matin et Simon-Pierre part à la recherche de Jésus car on ne le trouve pas : il est quelque part en train de prier. Quand il le retrouve, Simon dit à Jésus que tout le monde le cherche. La réponse de Jésus à Pierre est tellement incroyable. Il ne lui dit pas « Oh, vite, laisse-moi redescendre la colline et aider tous ces malades » mais il déclare « Allons dans les villages voisins, où je dois prêcher là aussi. C’est là la raison de ma venue ». J’ai lu cette dernière phrase et j’ai commencé à voir les choses différemment. Le même homme qui a guéri les aveugles est également celui qui a dit : « Si ton oeil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi ». Dieu est intéressé par une guérison plus profonde. Il y a vraiment des choses plus importantes dans la vie que de marcher. Il y a des choses plus importantes dans la vie que de pouvoir utiliser ses mains et c’est le fait d’avoir un cœur libéré de l’emprise du péché.

Croyez-vous que les mouvements de guérison par la simple foi et leur message peuvent être une source de confusion ?

Récemment, j’ai dû prendre l’avion pour San Francisco à l’occasion d’une conférence. Pendant le vol, j’ai discuté avec une jeune hôtesse dont le visage rayonnait de l’amour de Jésus. Il était évident qu’elle venait de rencontrer le Seigneur et qu’elle était subjuguée par son amour. Elle m’a dit : « Joni, je ne pourrais pas servir un Dieu qui ne voudrait pas guérir tout le monde. Un Dieu dont ce ne serait pas la volonté que tout le monde soit guéri ». Je lui fis la remarque suivante : « Il est pourtant évident, à regarder le monde autour de soi, que ce n’est pas la volonté de Dieu que tout le monde soit guéri ; tout simplement parce qu’un grand nombre de personnes ne le sont pas. L’homme ne peut pas résister à la volonté de Dieu et si la guérison de l’humanité entière faisait partie de son dessein, rien ne pourrait empêcher qu’il en soit ainsi. Nous devrions voir des évidences de ce fait partout autour de nous, mais ce n’est pas le cas. C’est pourquoi on peut en conclure qu’il n’est pas de la volonté de Dieu que tout le monde soit guéri. » Elle me fit ensuite une réflexion de ce genre : « Mais est-ce que notre foi n’a pas quelque chose à voir là-dedans ? » Je crois que voilà un excellent sujet de conversation parce que, en dehors du fait que les gens ont du Royaume de Dieu une conception aussi erronée que leur herméneutique, la tentation est grande de retirer quelques passages bibliques de leur contexte et de bâtir autour de cette foi toute une théologie. Je vois la foi tout bonnement comme un instrument par lequel s’exprime la grâce divine. D’autres, ceux qui partagent l’opinion de l’hôtesse, la voient peut-être davantage comme les ficelles à tirer si nous voulons voir Dieu bouger. A mon avis, ce n’est pas de la foi mais de la présomption. Cela rabaisse presque Dieu au rang d’un pantin.

Avez-vous orienté vos pensées en lisant des ouvrages ayant trait à la guérison ?

Oui, l’important était ma foi. La développer, la dégrossir, l’entraîner, la maintenir en grande forme. Je croyais vraiment ! Et pourtant mes mains et mes pieds ne réagissaient pas à ce que je savais être la vérité. C’est alors que j’ai commencé à réaliser que, soit Dieu était en train de me faire une monstrueuse et cruelle plaisanterie, soit mon interprétation des Écritures était inexacte. C’est alors que j’ai commencé à remonter jusqu’au jardin d’Eden, jusqu’à la racine-même de la souffrance, de la maladie, des blessures et de la mort. J’ai réalisé que la maladie avait commencé avec le péché et j’ai commencé à assembler les éléments du courant de l’histoire de la Rédemption divine à travers la Bible, jusqu’à ce que j’en entrevoie la structure. Quand je suis arrivée au Nouveau Testament, j’ai commencé tout d’un coup à comprendre les miracles, les guérisons et tout l’enthousiasme qui accompagnait Jésus sur la terre. Très logiquement, la souffrance devait faire partie de la substance et des fibres mêmes de l’action rédemptrice de Dieu pour l’humanité. Et même une fois le salut accompli, la souffrance devait encore trouver sa place dans la chaîne et la trame de l’histoire de la rédemption. Lorsque Jésus s’est occupé du péché et de ses conséquences, il a enclenché le processus d’inversion des effets du péché avec tout ce qui en résultait. Cependant il n’a fait que poser des fondements : le monde est encore déchu, les gens meurent toujours, des catastrophes naturelles se produisent encore, les gens continuent de tomber malade et ainsi de suite jusqu’à ce qu’Il revienne. Je pense que c’est la raison pour laquelle j’accepte ma chaise roulante et ma souffrance.

Les malades ne demandent-ils pas souvent, pour quelles raisons ils sont dans cet état, et pourquoi Dieu permet leur souffrance ?

Oui ou bien ils demandent : « Pourquoi ne suis-je pas guéri ? » Il est important de répondre à cette question si en tant qu’Eglise nous voulons exercer un ministère auprès des invalides ou faire d’eux des disciples. Je crois que la question qui préoccupe le plus les gens est celle-ci : « Quelle est la part de responsabilité de Dieu ? Comment Dieu, un Dieu d’amour, peut-il tolérer la souffrance et le mal dans le monde ? », et deuxièmement : « En ce qui concerne la guérison, quelle est la part qui m’incombe à moi ? A quel niveau se situe ma foi ? Que fait Dieu ? ». Les gens trouvent difficile de comprendre que dans les passages où Jésus disait : « Ta foi t’a guéri », il parlait en réalité du salut. C’est ce que je crois. La guérison physique n’était qu’une illustration de la guérison spirituelle. Pourtant les gens pensent encore que la guérison est une affaire d’exercice de leur foi. Ils croient encore que les passages des Écritures dans lesquels Jésus dit par exemple : « Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne, va-t’en et elle s’en irait » placent la responsabilité sur eux.

Conseillez-vous à ceux qui souffrent de maladie ou d’invalidité de prier pour leur guérison physique ?

Oui, je pense que c’est très important. Le livre de Jean nous le dit. Nous devrions suivre chacune des injonctions scripturaires que j’ai mentionnées tout à l’heure. Il se peut que Dieu guérisse miraculeusement, et s’il le fait, c’est non seulement dans l’intérêt du malade, mais aussi pour que la gloire Lui revienne. C’est un avant-goût du jour où les yeux de tous les aveugles s’ouvriront et où tous ceux qui sont sourds entendront.

 

L’histoire de Joni Eareckson Tada est très intéressante en ce qu’elle change totalement des enseignements classiques que l’on peut entendre sur le lien entre la foi et la guérison. En ce qui la concerne, la foi de Joni ne dépend pas de sa guérison. Joni sait que Dieu peut la guérir, mais elle a aussi pris conscience qu’il est possible qu’Il ne la guérisse jamais, non pas parce qu’elle manque de foi, non pas parce qu’elle est dans le péché, non pas parce qu’elle n’a pas assez prié, mais simplement parce qu’Il s’agit de la volonté de Dieu à son égard. Est-ce anti-biblique de considérer que Dieu ne veuille pas guérir tous ceux qui souffrent ? Non car l’apôtre Paul a lui-même connu cette situation. En 2 Corinthiens 5:17, Paul déclare : « Et pour que je ne sois pas enflé d’orgueil, à cause de l’excellence de ces révélations, il m’a été mis une écharde dans la chair, un ange de Satan pour me souffleter et m’empêcher de m’enorgueillir. Trois fois j’ai prié le Seigneur de l’éloigner de moi, et il m’a dit : Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse ». Les avis sur la fameuse écharde de Paul sont très variés. Certains avancent que c’était une maladie des yeux, d’autres une faiblesse dans la chair. Ce qui est certain, c’est que Dieu ne l’en a pas délivré, en dépit de ses multiples demandes. Il y a beaucoup de questionnements, beaucoup de choses qui nous laissent parfois sans réponse quant à cette volonté suprême, mais il nous faut accepter le fait que les voies de Dieu soient véritablement impénétrable et que parfois, Il permet certaines choses pour des raisons que nous ignorons mais qu’il nous faut accepter, sans douter, ni perdre espoir, ni même remettre en question notre foi en Lui.